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Matthieu 16, 18 deux mots différents ?

Créé le 02/02/2026•Modifié le 04/02/2026•Edit

Matthieu 16, 18 des mots différents ?

Matthieu 16:18Et moi, je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle.

Κἀγὼ δέ σοι λέγω, ὅτι σὺ εἶ Πέτρος, καὶ ἐπὶ ταύτῃ τῇ πέτρᾳ οἰκοδομήσω μου τὴν ἐκκλησίαν, καὶ πύλαι ᾍδου οὐ κατισχύσουσιν αὐτῆς.


Il est de coutume dans les débats que nous avons avec les protestants ou les orthodoxes, que l’on entende « ce n’est pas Pierre la pierre sur laquelle est bâtie l’Eglise, mais la foi de Pierre, ou le Christ ». Pour justifier cet argument, il nous est souvent dit « ce n’est pas le même mot Πέτρος et πέτρᾳ ». Insistant sur le fait que petros signifierait « caillou », et petra « rocher ». Nous allons voir comment répondre à cet argument, et au-delà de ça montrer que la pierre dont on parle est la personne de Pierre et pas que…


I)La différence Petros/Petra

 

a) L’Araméen

Bien que les évangiles soient écrits en grec, il ne faut pas oublier qu’avant tout, les paroles de Jésus étaient en Araméen. Ainsi tournons nous vers les traditions araméennes de la bible, plus particulièrement vers deux traductions : la Vetus Syra (IIe siècle) et la Peshitta (Ve siècle).

Dans la Vetus Syra le même mot est utilisé dans ce verset : « Tu es kipa et sur ce kipa ». Montrant ainsi que kipa veut dire "rocher" puisqu’il traduit aussi bien le mot petra que le mot petros. Or, nous sommes au IIe siècle, très proche de la vie du Christ, cette tradition araméenne est utilisée dans tout le moyen orient. Donc cela représente la compréhension la plus large du peuple qui parlait la langue de Jésus. Et de plus, ici, on ne peut pas nous parler d’une « falsification » romaine des écritures, puisque c’est une tradition orientale.

C’est la même chose dans la Peshitta. On y retrouve deux fois le même mot : ܐܦ ܐܢܐ ܐܡܪ ܐܢܐ ܠܟ ܕܐܢܬ ܗܘ ܟܐܦܐ ܘܥܠ ܗܕܐ ܟܐܦܐ ܐܒܢܝܗ ܠܥܕܬܝ ܘܬܪܥܐ ܕܫܝܘܠ ܠܐ ܢܚܣܢܘܢܗ

On en conclut assez aisément qu’il y a un jeu de mots, et si on reste sur l’araméen, il est assez évident qu’on ne va pas aller chercher un sujet 3 phrases plus tôt « tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant »Matthieu 16:16 . Si on s’en tient à la version araméenne, il est clair que Pierre est la pierre sur laquelle est fondée l’Eglise.

Cette racine araméenne est aussi à rapprocher du mot hébreu כֵּף (kef) qui désigne des rochers voire des montagnes dans Jérémie 4:29 . La racine sémitique nous indique donc que Pierre, s’appelant Cepha, est compris par ses contemporains comme un rocher et non un petit caillou.

b) Le grec

Peut-on affirmer que petros et petra sont des mots différents ? Oui. Peut-on l’affirmer pour la koinè orientale (C'est quoi la koinè ?)? C'est plus nuancé. Le Bailly, qui est la référence francophone des dictionnaires de grec ancien, nous rapporte que le mot petros se confondait déjà avec petra chez Sophocle au Ve siècle avant J.-C. Donc le sens du mot petros était déjà nuancé

De plus, le LSJ (le dictionnaire anglais) nous dit ceci pour le mot petros : “The usual Prose word is lithos”. Ce mot est donc réservé à de la poésie, et de la poésie plutôt archaïque, ce mot se retrouve majoritairement chez Homère (VIIIe avant J.-C.) et les Grecs qui copient Homère ou se donnent un style. Aussi, dans le Nouveau Testament, jamais nous ne trouvons petros pour parler d’une simple pierre, seulement pour le nom de l’apôtre. Et dans la Septante nous le trouverons 2 fois seulement dans le livre deux des Maccabées qui est dans un grec bien plus développé que le reste, en se donnant un style plus archaique. Il utilise notamment en 2 Maccabées 15:12 l'expression " καλὸν καὶ ἀγαθόν" (bon et bien), qui est une expression morale de l'Athènes classique. Ainsi, il est aisé de dire que le petros n’est pas utilisé dans la bible pour dire « petite pierre », même Polybe, un historien de langue koinè ne l’utilise pas. il utilise plutôt le mot λίθος (lithos) pour parler de « petite pierre », donc il n'est plus vraiment utilisé en koinè.

Donc petra veut bien dire rocher, mais petros ne veut plus rien dire en koinè, il est remplacé par lithos

 

c) Conclusion

Cet argument des mots différents n’est pas valable. Il résulte d’une lecture archaïque de la Bible, en appliquant des définitions de grec homérique et classique à la Bible. On demande ainsi à des Juifs du Levant qui n’ont pas étudié le Grec d’Homère, de comprendre dans un verset spécifique, du grec archaïque et poétique. De plus, la tradition araméenne et hébraïque des écritures, explicite le jeu de mots, ce qui ne pose plus aucun problème. Cepha veut dire pierre, sans distinction de taille. Et petros est au masculin seulement parce que Pierre est un homme, alors que petra, le mot habituellement utilisé dans la bible, est féminin.


II) Qui est la pierre ?

 

a) La Patristique

On nous répétera sans cesse ce que les Pères de l’Eglise disent à ce propos, que nul n’a compris comme l’Eglise catholique. Ce qui est faux, car notre lecture de ce verset est en fait en total accord avec tous les Pères de l’Eglise.

Article 424 du catéchisme de l’Eglise : 

« Mûs par la grâce de l’Esprit Saint et attirés par le Père nous croyons et nous confessons au sujet de Jésus : " Tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant " (Mt 16, 16). C’est sur le roc de cette foi, confessée par S. Pierre, que le Christ a bâti son Église (cf. Mt 16, 18 ; S. Léon le Grand, serm. 4, 3 : PL 54, 151 ; 51, 1 : PL 54, 309B ; 62, 2 : PL 350C-351A ; 83, 3 : PL 54, 432A). »

Donc selon nous la profession de foi de Pierre est la pierre sur laquelle est bâtie l'Eglise. Mais non seulement la pierre est la foi de Pierre, mais aussi Jésus Christ est cette pierre, et Pierre lui-même est cette pierre, ce n’est en aucune manière contradictoire.

Article 552 du Catéchisme de l’Eglise Catholique :

« Dans le collège des Douze Simon Pierre tient la première place (cf. Mc 3, 16 ; 9, 2 ; Lc 24, 34 ; 1 Co 15, 5). Jésus lui a confié une mission unique. Grâce à une révélation venant du Père, Pierre avait confessé : " Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ". Notre Seigneur lui avait alors déclaré : " Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Église, et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle " (Mt 16, 18). Le Christ, " Pierre vivante " (1 P 2, 4), assure à son Église bâtie sur Pierre la victoire sur les puissances de mort. Pierre, en raison de la foi confessée par lui, demeurera le roc inébranlable de l’Église. Il aura mission de garder cette foi de toute défaillance et d’y affermir ses frères (cf. Lc 22, 32). »

Non ne rejetons pas les Pères de l’Eglise qui ne disent pas comme nous. Nous acceptons tous les Pères de l’Eglise, et à quelqu’un qui nous dit que l’Eglise est bâtie sur la foi de Pierre nous dirons « Amen ». De même à quelqu’un qui nous dit que l’Eglise est bâtie sur le Christ nous dirons « Amen ». Et si la personne veut être logique en acceptant comme nous toutes les interprétations des Pères de l’Eglise, elle devra dire « Amen » au fait que Pierre est aussi "cette pierre" sur laquelle est bâtie l’Eglise.

En ce qui concerne les Pères de l’Eglise en voici quelques-uns intéressants pour comprendre :

Saint Grégoire de Nysse, Homélie 15 :

"De toute son âme, Simon se joint à l’Agneau et par le changement de nom il est transformé par le Seigneur en quelque chose de plus divin, au lieu que Simon soit à la fois appelé et devenu Pierre […] Le grand Pierre n’a pas atteint une telle grâce en avançant petit à petit, mais aussitôt il écouta son frère, crut en l’Agneau et s’acheva par la foi, et s’étant attaché au rocher, devint Pierre.

Pierre porte ce nom, car il s’est attaché à Jésus qui est le rocher. Simon n’est pas « rocher » par lui-même. Ce n’est pas par ses œuvres qu’il est appelé par le titre du Christ, mais par sa foi, qui ne vient même pas de lui, mais de Dieu. Ici Saint-Grégoire de Nysse dit tout ce qu’il y a à dire : Jésus est le rocher, Simon est devenu Pierre en s’attachant au Rocher par sa foi. Qui est « cette pierre » ? Jésus, la foi de Pierre et Pierre. Il faut garder à l’Esprit que ce n’est que pour la gloire du Christ que Pierre est appelé ainsi.

On trouvera aussi chez Cyprien de Carthage, de l’Unité de l’Eglise, 4 :

Le Seigneur s’adresse ainsi à Pierre « je te dis, moi, que tu es Pierre et sur cette pierre, j’édifierai mon Eglise, les puissances des enfers ne triompheront pas d’elle […] » Et après sa résurrection il lui dit encore « pais mes brebis » c’est sur lui qu’il édifie l’Eglise et il lui confie ses brebis à paître…

On voit bien la primauté de Pierre, seulement parce que Jésus le lui accorde.

On trouvera chez Saint-Augustin que l’on aime nous ressortir tant il est important pour nous. Dans les traités sur l’Evangile de Saint-Jean au traité VII chapitre 20 :

« Tu es bienheureux, Simon fils de Jean ; car ce n’est ni la chair, ni le sang qui te l’ont révélé, mais mon Père qui est au ciel ». Ce fut alors qu’il lui donna le nom de Pierre et qu’il le loua comme étant devenu par cette foi le fondement de son Eglise. 

Plus tôt, il nous disait que Jésus était la pierre, lui aussi avait très bien compris que Rocher avait donné son titre à Simon qui s’était attaché à lui, et par sa foi, il était devenu le fondement de l’Eglise.

Il serait bien trop long d’étudier chaque Père de l’Eglise, néanmoins nous ne rejetons pas l’interprétation que « cette pierre » soit la foi de Pierre, car nous tous confessons comme l’apôtre. Mais parce que Pierre porte le nom de celui qui le lui a donné et que ce nom est directement lié à sa mission d’être berger, d’affermir ses frères et de garder les clés, c’est aussi sur sa personne que repose l’Eglise. Ce nom implique non seulement sa foi pour Christ, mais aussi sa personne toute entière ainsi que le présentent les 3 Pères de l’Eglise mentionnés.

b) Dans la Bible

En fait, même si la tradition est d’une importance capitale, la Bible ne peut être plus claire :

Et moi, je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Et je te donnerai les extrémités du royaume des cieux; et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux; et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux." Matthieu 16:19 

Pourrait-on penser que les clés du royaume des cieux reviennent à la foi de Pierre et non à Pierre lui-même ? Bien sûr que non. Cependant, il a eu cet honneur par sa foi, que Dieu lui a donnée. Il en est de même pour le verset d’avant, pourquoi penser que d’un coup le sujet change, qu’auparavant, on parlait de la foi de Pierre, puis que l’on passe à Pierre lui-même ? Pourquoi aurait-il l’honneur de porter les clés du royaume des cieux par sa foi inébranlable, mais pas celle d’être fondement de l’Eglise par attachement au Christ ? Le verset est clair « tu es Pierre et sur cette Pierre » ayant d’office écarté que les mots étaient différents, il n’est plus possible d’échapper à la dure réalité, Pierre est fondement de l’Eglise parce qu’il porte le nom que Christ lui a donné de lui-même, et parce que sa foi inébranlable lui vient de Dieu.

Grammaticalement, il est assez étrange de faire remonter le démonstratif ταύτῃ à 2 versets au-dessus. Et de demander aux Sémites ou aux hellénophones de comprendre que le démonstratif se rapporte aussi loin alors que petros est là. Ainsi, il est évident que ce démonstratif renvoie à Pierre, l’apôtre qui a reçu ce nom en Jean 1:42 . Mais effectivement, il porte ce nom parce qu’il a cru en Jésus, et a reçu la mission plus tard de fortifier ses frères.

Un verset permet d’expliquer ce fait Luc 22:32  :

Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous cribler comme froment ; mais moi, j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères.

Jésus s’adresse à Simon et le met en garde que les apôtres seront secoués par Satan. Mais il lui dit « j’ai demandé à ton sujet » en grec le verbe δέομαι qui veut dire « demander, supplier » et par extension « prier ». Mais, Jésus prie pour la foi de Pierre. Cette foi inébranlable : « tu es le Christ, le fils du Dieu Vivant ». Jésus demande personnellement pour Pierre que sa foi ne manque pas. Et ensuite, il lui dit « quand tu seras repenti » il le pardonne d’une faute qu’il n’a pas encore commise. « Affermis tes frères » en grec στήρισον (stêrison) du verbe στηρίζω (stêrizô), qui veut dire « fixer, enfoncer solidement, soutenir ». Ce mot est extrêmement important. Jésus demande à Pierre de soutenir, dans le sens d’être fixe, l’Eglise qu’est les apôtres. Ce verbe vient de στερεός (stéréos) qui veut dire « dur, solide ». Et c’est là aussi que l’on comprend son nom. Il doit être solide dans sa foi, pour affermir ses frères. Mais ici on ne peut avancer l’idée que ce soit la foi de Pierre qui ait la mission d'affermir les autres apôtres. C’est bien à Pierre qu’est cette charge par la foi qui ne peut lui manquer puisqu’elle vient de Dieu.

Ainsi ce verset explique assez bien Matthieu 16, 18. Jésus qui est la pierre donne la Mission à Simon d’être le fondement pour l’Eglise.

Un autre verset Jean 21:15-17 :

Quand ils eurent déjeuné, Jésus dit à Simon-Pierre : "Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ?" Il lui répondit : "Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime." Jésus lui dit : "Pais mes agneaux." Il lui dit à nouveau, une deuxième fois : "Simon, fils de Jean, m'aimes-tu" - "Oui, Seigneur, lui dit-il, tu sais que je t'aime." Jésus lui dit : "Pais mes brebis." Il lui dit pour la troisième fois : "Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ?" Pierre fut peiné de ce qu'il lui eût dit pour la troisième fois : "M'aimes-tu", et il lui dit : "Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t'aime." Jésus lui dit : "Pais mes brebis.

Jésus, qui est le berger, donne cette mission à Pierre Ποίμαινε τὰ πρόβατά μου (poïmané ta probata mou) c’est-à-dire « sois le berger de mes brebis ». Le troupeau du Christ est remis aux mains de Pierre. C’est dans un acte solennel, alors que Pierre se repend du fait qu’il a renié le Christ, Jésus lui donne cette charge. Ainsi ce qu’avait dit le Christ avant sa mort et sa résurrection, se répète ici, Pierre a bien renié le Christ. Par trois fois, il se repend, et il obtient cette charge ultime d’être le berger terrestre. Bien sûr que tous les apôtres sont pasteurs, néanmoins la charge même d’affermir les pasteurs est donnée à Pierre, par sa foi qui lui vient de Dieu et qui est inébranlable.

 

Par plein d’autres endroits nous voyons la Primauté juridictionnelle de Pierre notamment dans les actes des apôtres :

-        Actes des Apôtres 1:15-26 : il décide de remplacer Judas, comme Jésus avait choisi les apôtres.

-        Actes des Apôtres 2:38 : Homélie de la pentecôte, là où Jésus enseignait les foules, lui prend cette place, le premier parmi les apôtres pour que les autres prennent exemple sur lui.

-        Actes des Apôtres 3:6 : Premier miracle public à la manière de Jésus.

-        Actes des Apôtres 4:8 : Pierre s’adresse au Sanhédrin, chose que faisait habituellement Jésus.

-        Actes des Apôtres 5:1 : Jugement d’Ananias. Pierre exerce un jugement ferme.

-        Actes des Apôtres 10:47 : C’est Pierre qui décide par action de l’Esprit d’ouvrir le baptême aux païens.

-        Actes des Apôtres 15:7 : Concile de Jérusalem, le premier à prendre la parole est Pierre, ce qui montre sa primauté.

Pierre semble être une parfaite continuité du Christ, et prend son ministère de pasteur des pasteurs très à cœur, en étant soumis au bon berger qu’est le Christ.

Notons une chose importante dans ce développement, Matthieu 16:19  est une référence à Ésaïe 22:22 . Je mettrai sur son épaule la clé de la maison de David : quand il ouvrira, nul ne fermera ; quand il fermera, nul n'ouvrira. Cette clé symbolise justement l’autorité sur le peuple. C’est une transmission de l’autorité. Pierre reçoit l’autorité juridique. Néanmoins encore une fois, c’est Jésus qui a la clé, et parce que Pierre s’est attaché à lui, il la lui donne.

Et cela se rapporte à d’autres versets de l’Ancien Testament, Nombres 27:15-23 

Moïse parla à Yahvé et dit: "Que Yahvé, Dieu des esprits qui animent toute chair, établisse sur cette communauté un homme qui sorte et rentre à leur tête, qui les fasse sortir et rentrer, pour que la communauté de Yahvé ne soit pas comme un troupeau sans pasteur." Yahvé répondit à Moïse: "Prends Josué, fils de Nûn, homme en qui demeure l'esprit. Tu lui imposeras la main. Puis tu le feras venir devant Eléazar, le prêtre, et toute la communauté, pour lui donner devant eux tes ordres et lui transmettre une part de ta dignité, afin que toute la communauté des Israélites lui obéisse. Il se tiendra devant Eléazar le prêtre, qui consultera pour lui selon le rite de l'Urim, devant Yahvé. C'est sur son ordre que sortiront et rentreront avec lui tous les Israélites, toute la communauté." Moïse fit comme Yahvé l'avait ordonné. Il prit Josué, le fit venir devant Eléazar, le prêtre, et toute la communauté, il lui imposa la main et lui donna ses ordres, comme Yahvé l'avait dit par l'intermédiaire de Moïse.

Peut-être que ça ne saute pas immédiatement aux yeux, mais on a substantiellement la même passation de pouvoir. Un homme est établi sur la communauté, car le troupeau a besoin d’un berger Jean 21:15 . Et il y a pareillement cette solennité « Josué fils de Nûn » comme on aura « Simon fils de Jona » (Matthieu 16, 17). Et Jésus rajoutera "parce que ce ne sont pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais c'est mon Père qui est dans les cieux." Il n’est pas de chair ni de sang, mais il est en Esprit comme Josué "homme en qui demeure l'Esprit". Jésus donne ses ordres à Pierre « sois le berger de mes brebis », « affermis tes frères » de même que Josué reçoit les ordres de Moïse. Jésus qui a donné son titre à Pierre a donné une part de son autorité. Comme Moïse l’a fait pour Josué "lui transmettre une part de ta dignité" en hébreu הוֹד (hod) autorité, gloire.  Et lui donne personnellement les clés, pouvant lier et délier comme Josué "C'est sur son ordre que sortiront et rentreront avec lui tous les Israélites, toute la communauté." Et tout ça se passe devant l’assemblée : les israélites pour Moïse et les apôtres pour Jésus. Cette passation de pouvoir montre que c’est bien Pierre dans sa personne qui est mis à la tête comme Josué est à la tête du peuple.

Précisons aussi à ceux qui veulent rappeler que tous apôtres peuvent lier et délier qu’encore une fois Pierre possède une chaire particulière. Car Pierre a le pouvoir de lier et délier dans les Cieux, donc la plénitude. Tandis que les autres apôtres ont le pouvoir de lier et délier dans le Ciel Matthieu 18:18 . Pierre a une place juridictionnelle plus haute et plus grande que le reste des apôtres. Ce n’est pas qu’une simple primauté d’honneur.

c) Conclusion

Qui est la pierre, fondement de L’Eglise ? Et bien 3 réponses sont possibles et ne sont pas contradictoires.

  • - Jésus car il est la pierre angulaire, le rocher sur lequel se base notre foi, le rocher sur lequel on construit.

- La foi de Pierre, parce que cette foi vient du Père et se fonde sur Jésus. Toute personne qui fait partie de l’Eglise proclame cette foi « tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant ».

- Mais aussi sur Pierre, car c’est lui personnellement qui a la charge des clés du royaume des cieux, c’est lui personnellement qui a la charge du troupeau du Christ, et c’est lui personnellement qu’il a la charge d’être le fondement pour ses frères. On voit les prémisses de cette juridiction dans l’ancien testament, et on en voit l’accomplissement dans actes des apôtres.

Refuser une de ces interprétations, c’est refuser les pères de l’Eglise. Et si on désire n’enlever que la dernière, on sera soumis à ces problèmes : Pourquoi Jésus a-t-il renommé Pierre ? Pourquoi lui a-t-il demandé d’être personnellement le garant de la foi contre Satan ? Et comment justifier que Pierre ait une primauté dans actes des apôtres ?

 


III) Conclusion

Nous avons démontré que l’argument des mots différents ne tenait pas la route. Et nous avons montré bibliquement et dans la patristique que l’interprétation de « cette pierre » désignaient à la fois Jésus, Pierre et la foi de Pierre. Il est nécessaire de rappeler encore que peu importe l’interprétation, c’est Jésus qui est le fondement de tout, et Pierre s’attache à lui, et fait reposer sa foi sur lui. Néanmoins, refuser l’interprétation que ce soit aussi Pierre en sa personne qui est le fondement est contradictoire avec la patristique et avec la Bible sur la base des versets mentionnés ci-dessus. Refuser l’autorité de Pierre c’est refuser l’autorité du Christ. Car le nom de Pierre est celui du Christ qui n’est pas symbolique ou parabolique mais qui touche sa personne même, au vu de la mission qui lui a été donnée.

Le sujet n’était pas la succession apostolique de Pierre, mais, si on avait à la justifier en une citation ce serait celle d’Irénée de Lyon dans Contre les Hérésies au livre III :

Mais comme il serait trop long, dans un ouvrage tel que celui-ci, d'énumérer les successions de toutes les Églises, nous prendrons seulement l'une d'entre elles, l'Église très grande, très ancienne et connue de tous, que les deux très glorieux apôtres Pierre et Paul fondèrent et établirent à Rome; en montrant que la Tradition qu'elle tient des apôtres et la foi qu'elle annonce aux hommes sont parvenues jusqu'à nous par des successions d'évêques, nous confondrons tous ceux qui, de quelque manière que ce soit, ou par infatuation, ou par vaine gloire, ou par aveuglement et erreur doctrinale, constituent des groupements illégitimes : car avec cette Église, en raison de son origine plus excellente, doit nécessairement s'accorder toute Église, c'est-à-dire les fidèles de partout, — elle en qui toujours, au bénéfice de ces gens de partout, a été conservée la Tradition qui vient des apôtres.

Irénée justifie de s’accorder à cette Eglise non par sa doctrine, mais par son origine. Et son origine c’est Pierre. C’est parce que Pierre et Paul ont fondé particulièrement cette église que toutes les églises doivent s’y accorder preuve qu’aujourd’hui encore tous les croyants doivent s’accorder à cette Eglise.

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